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Signé (façon de parler), un grand reportage de 15 000 signes (4 pages) à paraître dans l’hebdomadaire Témoignage Chrétien courant février ! De si grands formats dans la presse, c’est TRÈS TRÈS TRÈS rare, encore plus pour des journalistes indépendants ; ce qui veut dire que je suis TRÈS TRÈS TRÈS content de ne pas avoir à condenser trois semaines de rencontres humaines en un quart de page.
L’article devrait reprendre notre fil rouge sur l’exode rural, démarrant à Cité Simbie pour finir aux Gonaïves, en passant par Cité L’Eternel et le marché de la Croix-des-Bossales.
Bon, reste plus qu’à se coller à l’écriture. Y a du boulot !
PS : pour ceux qui sont intéressés par les “coulisses” d’une publication, voici le synopsis que j’avais proposé. Un synopsis, c’est simplement un résumé du reportage, un canevas de départ pour “appâter” l’intérêt d’une rédaction. Celui-ci est ensuite discuté, modifié et ajusté avec le rédacteur en chef du canard, à la fois pour coller aux contraintes de place du journal et à la ligne éditoriale.
AUDIO. La messe des enfants à l’église Saint Joseph, au plein milieu du marché de la Croix-des-Bossales (la scène se déroule juste avant celle-ci). En voyant la densité de l’église et la jeunesse du public, on comprend que l’avenir démographique du catholicisme est du côté des pays du Sud (dans les Caraïbes, en Amérique du Sud et en Afrique), bien davantage qu’en Europe. A quand un Pape haïtien ?

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CARNET DE ROUTE (suite). Poreuse, la frontière est pourtant étroitement surveillée. Tout au long du cours d’eau, des militaires dominicains (près de 2000), mitraillettes au poing, ferment les yeux en échange d’un petit bakchich. Mais le conseil d’un policier haïtien est éclairant : « Faites gaffe, les Dominicains ont la gâchette facile ! » Ce qui arrive très régulièrement. Comme en mars 2008, lorsque l’un d’eux a tué une petite marchande enceinte.
Mais il en faut plus pour décourager les candidats à la diaspora. Croisé dans le bus venant à Ounaminthe, un jeune homme arrive directement de Saint-Marc, au nord de Port-au-Prince. Malgré son âge, il a été plusieurs fois rapatrié de « Rép Dom » par les autorités. Il plaisante : « Au moins, je connais le chemin ! » Lui traversera la frontière la nuit tombée. Comme des milliers d’autres migrants : il y a là notamment des « braceros », ces paysans qui iront se faire exploiter dans les plantations de cannes à sucre.

Profitant de la position « privilégiée » de la ville, les passeurs, haïtiens et dominicains, ont trouvé ici un terrain fertile pour leurs trafics lucratifs. Pour 50 dollars américains, on peut, nous explique un responsable de la Minustah (ONU), se faire transporter incognito jusqu’à Santo Domingo. Avant d’ajouter : « Mais à vos risques et périls ! ». Car rares sont les passeurs qui respectent leurs promesses. Il y a trois ans, 24 Haïtiens sont morts asphyxiés dans un fourgon.

La situation dans cette ville frontalière du nord-est est un condensé dramatique des relations d’Haïti avec la République Dominicaine.
CARNET DE ROUTE. Belle fin de journée sur les berges de la rivière Massacre, où plusieurs centaines de femmes s’attèlent à la lessive du jour. A quelques mètres, la zone franche de la Codevi s’étale sur 80 hectares. Dans cette usine d’assemblage textile, comme dans les Maquiladoras mexicaines, on y coud des pantalons Levi Strauss pour un salaire de misère.
Joseph travaille au sablage des jeans pour 625 gourdes (12 euros) par semaine « Vous voyez, montre-t-il. L’usine est pile à la frontière. Il y a une entrée côté Haïti pour les milliers d’ouvriers et une autre côté dominicain pour les patrons. » Cette image résume à elle seule les relations entre les deux pays. D’un côté Haïti engluée dans sa misère. De l’autre, la « Rép Dom », ses usines à sucre et ses plages à touristes, avec un PIB par habitant six fois supérieur. Le rêve d’un avenir meilleur à portée de regard…

Non loin du centre-ville, c’est un pont qui fait office de frontière. Deux fois par semaine, les Haïtiens ont l’autorisation de venir faire leur marché à Dajabon, côté dominicain. Dès l’ouverture de la douane, c’est la cohue générale des charrettes chargées à craquer de poulets vivants ou de matériel hi-fi. En contrebas, dans le lit de la rivière, on traverse également. Beaucoup d’Haïtiens viennent chaque jour travailler clandestinement à Dajabon, comme porteurs ou laveurs de chaussures. [à suivre…]