Les sculpteurs de la Grand Rue

CARNET DE ROUTE. Le quartier de la Grand Rue, dans le bas de la ville, est coupée en deux par l’avenue Jean-Jacques Dessalines. Ce lieu a toujours traditionnellement été celui des mécaniciens de tap-tap (camionnettes faisant office de transports en commun, on y reviendra…). C’est dans ce quartier que vivent trois sculpteurs haïtiens : Celeur, Eugène et Guyodo. Pour accéder à leurs ateliers, il faut quitter l’agitation névralgique de la Grand Rue pour s’engager par des étroits corridors dans le bidonville. Et ô surprise, au milieu des maisons en tôle, on découvre d’immenses sculptures en ferraille, en bois, en plastique, notamment une immense figurine dont le corps est une carcasse de voiture. Le panthéon de ces artistes est d’un étonnant syncrétisme. Pêle-mêle : des divinités vaudous affublées de vrais crânes, des représentations évoquant des scènes d’amour homosexuelles et un surprenant Jésus doté d’un pénis démesuré. Une symbolique de la vie, explique Celeur son créateur. La mort est également omniprésente dans leurs oeuvres. La visite de l’atelier de Guyodo, le plus jeunes des trois, est également fascinante. Une petite caverne d’Ali Baba où il a installé son lit. La pièce est remplie à craquer de ses sculptures. Assis sur son lit, ce sont des dizaines d’yeux métalliques et lumineux qui vous contemplent.

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Question : pourquoi le coq haïtien chante-t-il plus fort et plus tôt que le coq français ? Ce matin, j’ai une furieuse envie de coq au vin.

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Petite leçon d’urbanisme

CARNET DE ROUTE. Juste un petit topo pour bien comprendre la géographie de Port-au-Prince. Cela permettra, je l’espère, d’éclairer un peu la suite des posts de ce blog. Port-au-Prince est une capitale coincée entre la mer et la montagne. La ville est accolée à une large baie mais il suffit de s’éloigner de quelques centaines de mètres pour commencer à grimper dans les mornes et prendre de la hauteur. Le bon côté pour le photographe, c’est la possibilité d’avoir des points de vue très sympas. Moins bon en revanche pour les pieds. Trève de plaisanteries. Pour schématiser très – très - grossièrement (de façon générale, il y a des bidonvilles à toutes les altitudes), plus on descend dans le bas de la ville en direction de la mer, plus l’habitat est précaire et bidonvillisé. Et moins sûr. Un exemple raconté par une française installée ici : en 2006, lorsque les kidnappings se multipliaient, les expatriés n’avaient pas le droit de se rendre dans le bas de la ville ((sauf mission particulière). Aujourd’hui, pour deux jeunes journalistes, ces zones ne sont absolument pas inaccessibles. On peut s’y balader à pied, même si l’on y croise très rarement (jamais ?) de “blan”. Mais il faut reconnaître que la tension y est un peu plus palpable. Notamment en fin de journée.

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PHOTO. Attention, photo grivoise. Il s’agit bien d’un pénis. Mais dans l’imaginaire du sculpteur, c’est une métaphore de la vie !

PHOTO. Attention, photo grivoise. Il s’agit bien d’un pénis. Mais dans l’imaginaire du sculpteur, c’est une métaphore de la vie !

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PHOTO. Dans l’antre des sculpteurs de la Grand Rue. Une ambiance caverne d’Ali Baba, version vaudou.

PHOTO. Dans l’antre des sculpteurs de la Grand Rue. Une ambiance caverne d’Ali Baba, version vaudou.

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PHOTO. Le photographe photographié. Une position peu courante pour lui.

PHOTO. Le photographe photographié. Une position peu courante pour lui.

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PHOTO. Dans les corridors du quartier de Grand Rue, une femme et un enfant.

PHOTO. Dans les corridors du quartier de Grand Rue, une femme et un enfant.

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PHOTO. Depuis la terrasse d’un ancien hôtel à l’abandon, la vue embrasse les bidonvilles qui entourent chaque année davantage les montagnes de Port-au-Prince.

PHOTO. Depuis la terrasse d’un ancien hôtel à l’abandon, la vue embrasse les bidonvilles qui entourent chaque année davantage les montagnes de Port-au-Prince.

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AUDIO. L’un des sculpteurs de la Grand Rue explique sa démarche artistique, très axée sur la récupération de métaux (plastique, tôle, bois…). Cette interview s’est faite dans son atelier, une minuscule pièce de 12 m2 remplie à craquer de sculptures

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La fracture d’électricité

JOURNAL DE ROUTE. Pour le visiteur qui arrive en avion à la tombée de la nuit en survolant le nord de la ville, notamment les bidonvilles de Cité Soleil et du Bel Air, la scène est quasi surréaliste : des milliers de lueurs de braseros qui éclairent la ville faute d’électricité. Car les habitants de Port-au-Prince, pour ceux qui y sont raccordés (souvent avec des branchement à faire cauchemarder un électricien occidental), jouissent d’une électricité à courant “alternatif” : ici, les coupures de jus sont quotidiennes. Il faut dire que la ville possède deux centrales à bout de souffle. Les hôtels huppés ou les Haïtiens plus fortunés possèdent donc tous une génératrice à essence. Bref, la fracture électrique à Haïti est également sociale. Mais la répartition du courant dans la ville a parfois des raisons plus politiques. Sous Aristide, le bidonville de Cité-Soleil, qui l’avait toujours soutenu politiquement notamment lors de son départ forcé, était l’un des très rares quartiers de la capitale à jouir d’une électricité jour et nuit.

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Miami, un peu de Haïti

CARNET DE ROUTE. Terminal D26 de l’aéroport. Dernière escale avant Port-au-Prince. Petit coup d’oeil panoramique : les quelques blancs qui comme moi attendent leur vol sont soit des religieux, soit des humanitaires (même parfois les deux, comme cette troupe de scouts d’une ONG évangélique américaine. Les autres sont des Haïtiens, principalement des “diasporas”. Proximité oblige (1h30, heure d’avion), la métropole floridienne héberge l’une des communautés haïtiennes les plus importantes. C’est d’ailleurs la réussite économique (dans des domaines plus ou moins licites) de cette diaspora qui nourrit le rêve d’exil des jeunes des bidonvilles de Port-au-Prince. Ceux-ci rêvent US, parlent US, s’habillent US, rappent US. Conséquence dramatique, chaque année au large de la Floride, on assiste à des naufrages de “boat people” haïtiens…

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Arrivée prévue à port-au-prince mardi à 16h. Après new-york et miami.

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« Un milliard de personnes vivent aujourd’hui
dans des bidonvilles »

ONU, 2008 

« Les émeutes de la faim n’étaient qu’un avertissement, c’est un krach alimentaire qui menace »

UN ECONOMISTE DE LA FAO


Haïti. Grande à peine comme la région Bretagne, cette moitié d’île des Caraïbes semble cristalliser tous les malheurs du monde. Au printemps, c’est ici que les émeutes de la faim ont éclaté. En septembre, les ouragans et les tempêtes ont dévasté le centre du pays. Il y a quelques semaines, les projecteurs se sont braqués sur l’effondrement de deux écoles de la capitale Port-au-Prince.

L’EXODE RURAL

Mais ces évènements ne sont que les conséquences dramatiques d’un phénomène plus général et moins médiatisé : l’exode rural massif de milliers de paysans haïtiens vers la capitale Port-au-Prince et ses 350 bidonvilles. Si les émeutes de la faim ont été si violentes, c’est que le pays ne produit que 20 % de son alimentation. Si les tempêtes ont fait tant de victimes, c’est que les villes n’arrivent plus à absorber le flot de migrants qui empruntent chaque année la route des bidonvilles. Si les écoles s’effondrent, c’est qu’il n’y a plus de place pour des terrains constructibles sécurisés.

LE CONTEXTE

A Haïti, les paysans n’ont plus les moyens de vivre de leur culture. En cause : le manque de formation agronomique associé aux catastrophes climatique (les tempêtes) écologique (la déforestation) et sanitaire (la maladie de la paille noire). Mais pour beaucoup d’ONG haïtiennes, les raisons de cet exode rural sont également politiques, dans une économie joliment qualifiée de « têt anba ». Au lieu d’enclencher une réforme agraire indispensable, les gouvernements soutenus par les instances internationales, se sont lancés dans une course au libéralisme, avec la construction d’usines d’assemblage et de zones franches. Résultats, les paysans ont délaissé les champs. Si certains ont préféré vendre leur force de travail aux cultivateurs dominicains, la plupart sont allés gonfler le flot humain des bidonvilles.

Pour comprendre ce phénomène de fond, notre projet est de remonter cette route de la faim depuis Port-au-Prince jusque dans les campagnes haïtiennes du nord du pays. Eviter les grands discours misérabilistes et essayer de montrer cette réalité au plus près.

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Ce blog est un carnet de route. Nous allons essayer de tenir au jour le jour, en image, en texte, en son, le récit de ces 3 semaines à Haïti.

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