Jacmel à l’heure de la reconstruction

Première escale de notre reportage à Haïti à Jacmel, à 70 kilomètres au sud de Port-au-Prince
Nichée dans une baie aux allures de carte postale, Jacmel a longtemps été le joyau d’Haïti. Avec ses jolies maisons colorées, cette petite ville de bord de mer était devenue le lieu de villégiature des expatriés en Haïti, qui trouvaient là un peu de quiétude pour s’affranchir de l’agitation étouffante de Port-au-Prince.
Ici aussi, le séisme a frappé. Le 12 janvier, Yves, dit Teck-Teck, était au bord de la mer au moment du tremblement de terre. D’un coup d’un seul, raconte-t-il, la baie s’est asséchée sur plusieurs centaines de mètres. Et d’un coup, l’eau est revenue sur le rivage à toute vitesse et les gens ont couru s’abriter dans les hauteurs.
Dans les rue de la ville, certaines maisons sont bien sûr détruites, d’autres si fissurées qu’elles n’attendent plus qu’un écroulement salvateur. Entre deux bâtisses à terre, une improbable Eglise du Rocher a survécu aux secousses.
le temps des brouettes
Mais le visage de la ville ne ressemble pas au champ de ruines de Port-au-Prince. Il reste bien évidemment des centaines d’habitants qui vivent sous les tentes. Beaucoup de sinistrés de Port-au-Prince sont revenus ici. Sur le haut de la ville, c’est le terrain d’une école qui a été réquisitionné pour les réfugiés. Cependant, trois mois après, l’heure n’est plus à la stupeur, mais à la reconstruction. S’il y a un métier qui ne connaît pas la crise, c’est bien celui de fabricant de brouettes !
La vie a repris ses droits. Dans les hauteurs, nous retrouvons la maison de la petite Elisabeth et de sa mère Michelle. Cette fillette de trois mois a été sauvée par une équipe de pompiers français, après être restée 8 jours coincée entre deux dalles de béton. Une miraculée. Elle est aujourd’hui en bonne santé.
“les démons venus de la terre”
A écouter les habitants, le traumatisme semble d’ailleurs presque davantage psychologique. Et à Haïti, c’est bien souvent la religion, notamment les innombrables églises évangéliques et pentecôtistes, qui fait office de « cellule de soutien ». A l’église indépendante Saint l’Éternel, à côté du port, c’est l’heure de l’office. Près d’une centaine de personnes, des femmes pour la plupart, bras levés ou prosternées à terre, répondent aux incantations en créole du pasteur : « Merci Dieu de nous avoir protégés des démons du mal venus de la terre », peut-on entendre.
Le pasteur Carlos n’hésite d’ailleurs pas à justifier l’existence du tremblement de terre, à la lecture des psaumes de la Bible. Tout était écrit : « la fin du monde est proche, l’accumulation des catastrophes récentes (Haïti, Chili, crise économique…) en est la preuve irréfutable. »
« Depuis le tremblement, les fidèles viennent plus nombreux, toujours plus
nombreux », explique-t-il. Un pasteur d’une église marraine est venu des États-Unis pour faire des guérisons auprès des victimes. Et si possible éloigner de Jacmel l’esprit du Malin…


