Les sculpteurs de la Grand Rue
CARNET DE ROUTE. Le quartier de la Grand Rue, dans le bas de la ville, est coupée en deux par l’avenue Jean-Jacques Dessalines. Ce lieu a toujours traditionnellement été celui des mécaniciens de tap-tap (camionnettes faisant office de transports en commun, on y reviendra…). C’est dans ce quartier que vivent trois sculpteurs haïtiens : Celeur, Eugène et Guyodo. Pour accéder à leurs ateliers, il faut quitter l’agitation névralgique de la Grand Rue pour s’engager par des étroits corridors dans le bidonville. Et ô surprise, au milieu des maisons en tôle, on découvre d’immenses sculptures en ferraille, en bois, en plastique, notamment une immense figurine dont le corps est une carcasse de voiture. Le panthéon de ces artistes est d’un étonnant syncrétisme. Pêle-mêle : des divinités vaudous affublées de vrais crânes, des représentations évoquant des scènes d’amour homosexuelles et un surprenant Jésus doté d’un pénis démesuré. Une symbolique de la vie, explique Celeur son créateur. La mort est également omniprésente dans leurs oeuvres. La visite de l’atelier de Guyodo, le plus jeunes des trois, est également fascinante. Une petite caverne d’Ali Baba où il a installé son lit. La pièce est remplie à craquer de ses sculptures. Assis sur son lit, ce sont des dizaines d’yeux métalliques et lumineux qui vous contemplent.


